INTERFACES TACTILES

LE MONDE DU BOUT DES DOIGTS
Recherche en cours.

Je regarde mes pieds quand je marche. On en prend l’habitude pour ne pas voir ce qui nous entoure. Je regarde mes pieds… et le sol est chaque fois différent. J’ai un téléphone dans ma poche. De nos jours, les téléphones font beaucoup d’autres choses que de téléphoner . Je filme. Je filme mes pieds. Mes pieds sur les pavés, mes pieds dans le métro, mes pieds sur une plage de galets, mes pieds en baskets, mes pieds en chaussures, mes pieds nus… Mes pieds nus, les ongles vernis sur le bitume…

Pieds

Vernis ! Je n’avais jamais mis de vernis avant cet été. Se retrouver, se faire du bien. Prendre soin de soi, de son corps, ce corps que l’on avait oublié. Je suis sur la plage. Il y a une petite hutte devant la mer. Je me fais faire une manucure. Je choisi un vernis rouge. J’ai du rouge au bout des doigts. Mes mains ont changé ! C’est drôle ces couleurs. Je montre mes mains à tout le monde. Le vernis s’écaille… il s’en va. Mes doigts redeviennent tristes. Alors je vais acheter du vernis et j’en mets au bout de mes doigts. De mes doigts de mains, de mes doigts de pieds.

Je filme mes pieds, vernis… Les pieds nus sur le bitume froid. Mes pieds qui avancent en suivant la ligne, la ligne qui se perd. Puis je vois mes mains, mes doigts, vernis ! Je prends mes mains en photo. Sur la barrière, sur le sol, sur le panneau de sens interdit. Je prends mes doigts en photo et je regarde le monde qui m’entoure autrement. A vue de pied, du bout des doigts. Je prends mes doigts en photo, avec mon téléphone. Je regarde les photos, sur mon téléphone. Je passe d’une photo à une autre, du bout du doigt… Interface Tactile.

Doigts

Mon cerveau s’agite. N’y a-t-il pas là une recherche à faire en Design d’interface ? Des doigts, pris à hauteur de doigts, découvrant le monde du bout des doigts. Des doigts, glissant sur la tablette, navigant dans ses photos du bout du doigt. Un geste, un regard, un monde à explorer, une chorégraphie à inventer ?

Je reprends mon téléphone. Je continue à prendre des photos. Interface tactile. Cela suggère le toucher, la matière. La vitre du téléphone est lisse et froide mais le monde est tantôt rugueux, tantôt doux, parfois souple, glissant, poussiéreux, humide… Il y a tant de matières et mes doigts les explorent. Puis mes doigts se perdent, mes doigts se perdent sur moi. Le corps du bout du doigt. A vue de pieds, du bout des doigts, vues, de MOI.

doigts2

Et mon téléphone change, recadre; il suit mes doigts, mes doigts sur moi, et s’intéresse à la personne au bout de toutes ces extensions. Je me prends en photo. Je prends une photo, deux photos, dix photos, mille photos. Je regarde les photos. Je me regarde. En mode diaporama, transition lente et fondu enchainé, les photos en rafales me donnent à voir des expressions insoupçonnées. En avance rapide, les images défilent à la manière d’un film. La vitesse de lecture modifie radicalement ma perception des images. Tantôt euphorique, tantôt difforme. Suis-je en train de rire, de crier, de bailler ? Est-ce un soupir sensuel ?

J’imagine… une installation. Des écrans accrochés aux murs diffusant en boucle ces images à différentes vitesses. J’imagine l’interaction avec le spectateur. Et si je souris, tu ris aussi ? J’imagine son écœurement, j’imagine ses traits qui se déforment. J’imagine, un dispositif avec une caméra et les images de mes visages qui changent en fonction de leurs expressions. Si tu ne fais rien, je me mets à sourire. J’imagine… mais sur l’ordinateur cette fois-ci, les photos défilent comme dans un livre ouvert et je me vois.